Bienvenue sur L’autre voix de l’Iran! Ce carnet de recherche propose des analyses sur les acteurs et enjeux de minorités nationales et des mouvements sociaux. Il se veut un espace de débats en chercheurs. N’hésitez donc pas à laisser vos commentaires. Bonne lecture!
Le suicide politique en Iran ; un acte contestataire
Egalement sur mon blog de Mediapart:
https://blogs.mediapart.fr/saeed-shafiei/blog/181124/le-suicide-politique-en-iran-un-acte-contestataire
🔹 Kianoush Sanjari, comme Mohammad Moradi, a commis un suicide politique.
« Si vous pensez au suicide, appelez le numéro… » : cette phrase illustre la réduction du suicide, phénomène social bien documenté depuis les travaux d’Émile Durkheim en 1897, à une question purement psychologique.
Dans le monde actuel, une tentative concertée vise à transformer le suicide d’un phénomène social en une problématique strictement psychologique ou psychiatrique. Ce changement radical de paradigme réduit le suicide à l’état mental de l’individu, en écartant ses dimensions sociales et politiques. Sur cette base, des directives sont établies, s’appuyant sur une telle perspective pour prévenir le suicide. Or, comme Durkheim l’a démontré, le suicide n’est pas une simple monomanie (obsession délirante) ou une forme de « folie suicidaire ». Durkheim écrivait déjà, il y a 127 ans, que la vision selon laquelle le suicide résulte uniquement d’une obsession délirante était largement abandonnée.
Michela Canevascini, dans sa thèse intitulée « Le suicide comme langage de l’oppression », a également remis en question ces approches psychologiques, psychanalytiques et psychiatriques. Elle souligne que, malgré l’adoption d’une approche bio-psycho-sociale dans les discours officiels, les dimensions sociales sont souvent ignorées dans les pratiques concrètes des équipes d’intervention (médecins, psychologues, psychiatres). Ces dernières privilégient des approches pharmacologiques pour traiter une situation profondément enracinée dans des réalités sociales. Dans ses travaux, Canevascini analyse le suicide comme une expression des conditions d’oppression liées aux contextes sociaux et économiques, explorant minutieusement ses dimensions de classe sociale.
Kianoush Sanjari, militant politique et ancien prisonnier politique, a mis fin à ses jours. Vingt-quatre heures avant son acte, il avait exprimé des revendications politiques explicites dans une série de tweets.
Il réclamait la libération de la militante chevronnée Fatemeh Sepehri, de Nasreen Shakarami, mère d’un adolescent tué lors des manifestations de 2022, du rappeur Tomaj Salehi et du militant des droits civiques Arsham Rezaei.
Kianoush a averti les autorités politiques et judiciaires de la République islamique que si l’annonce de leur libération n’était pas publiée sur le site officiel de l’appareil judiciaire, il mettrait fin à ses jours pour dénoncer le régime dictatorial de Khamenei et de ses complices.
Son acte peut être condamné par les moralistes ou analysé comme une pathologie par les psychologues, mais ces approches n’enlèvent rien à la nature politique de son geste.
Le suicide de Kianoush Sanjari, comme celui de Mohammad Moradi (un étudiant iranien de l’histoire qui a mis fin a ses jours après la défaite du mouvement Femme, Vie, Liberté à Lyon en decembre 2022), est un suicide politique, car il a clairement présenté des revendications politiques comme justification de son acte. Parmi ces revendications figuraient la libération de prisonniers politiques, la dénonciation de la dictature de Khamenei et de ses alliés, un appel à la société pour défendre la liberté d’expression et un espoir d’éveil du peuple iranien face à l’oppression. Cependant, aucune de ces revendications n’a obtenu de réponse favorable – ni de la part du régime, ni des politiciens proches du pouvoir, ni des figures autoproclamées de l’opposition, ni de la société.
Les seules réponses reçues furent les tentatives infructueuses d’amis et de proches, dont la nature reste inconnue.
Le suicide politique est un phénomène historique. De Saïgon au Vietnam, à Prague, Tunis et Lyon en France, les individus ont commis le suicide politique en tant qu’acte contestataire, considéré comme une forme d’expression politique.
Dans certains cas, ces gestes ont conduit à des mouvements massifs de protestation et à des changements de régime ; dans d’autres, ils n’ont pas eu de tels impacts, en raison de dynamiques sociales spécifiques. Mais dans tous les cas, il s’agit de suicides politiques, porteurs de revendications explicites pour un changement dans la vie politique.
Les régimes politiques rejettent systématiquement le suicide politique, cherchant à discréditer les auteurs par des discours simplificateurs, les qualifiant de malades mentaux ou de déséquilibrés. Cette stratégie de dénégation n’est pas propre à l’Iran : en France, lorsque Anas Kournif, Un étudiant de 22 ans originaire de Saint-Etienne, s’immolait par le feu devant un bâtiment du Crous de Lyon, les autorités ont nié tout caractère politique à son acte.
Ce qui m’étonne, par ailleurs, c’est l’attitude de certains sociologues iraniens qui, au lieu d’analyser ces gestes à travers un prisme sociologique, adoptent un ton moralisateur et prescriptif, s’éloignant ainsi de leur rôle d’observateurs et d’analystes des réalités sociales.
Que signifierait le retour de Donald Trump pour l’Iran ?
Même si Trump se présente, d’une certaine manière, comme anti-guerre et favorable aux négociations pour résoudre les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, il continuerait probablement de recourir à la pression maximale sur l’Iran, car il est convaincu que seule cette approche pourrait amener la République islamique à négocier. Et si Téhéran persiste dans son refus, la situation économique pourrait devenir si difficile qu’il serait incapable de surmonter ses crises internes, et son influence régionale diminuerait. De cette manière, Trump viserait à réduire le pouvoir régional iranien.
Aucune des hypothèses de Trump et de ses partisans ne s’est entièrement réalisée durant son premier mandat. La pression maximale exercée précédemment n’a conduit ni à des négociations ni à une résolution des différends entre les États-Unis et l’Iran. Bien que des pressions économiques intenses aient été exercées, elles n’ont pas provoqué l’effondrement du régime ni une révolution politique, et le soutien de Téhéran à ses alliés régionaux n’a pas diminué de manière significative.
Ainsi, si Trump cherche simplement à répéter ce qu’il a déjà fait, il n’est pas certain que cela produise des résultats tangibles, en dehors d’une pression économique écrasante sur les classes populaires. Si la pression maximale est appliquée de la même manière que lors de son premier mandat, il faut s’attendre à une situation économique encore plus grave en Iran. Les politiques de Trump, comme auparavant, pousseraient surtout Téhéran à une augmentation du taux de change. Une des rares solutions pour éviter un effondrement économique serait donc de s’attendre à une hausse des devises, entraînant une inflation générale accrue. Bien que le gouvernement Pezeshkian ait déclaré que peu importe qui sera président des États-Unis, ceux qui se souviennent du premier mandat de Trump — lorsque le dollar est passé de 4 000 à 30 000 tomans et que l’Iran ne pouvait vendre que 500 à 700 barils de pétrole par jour — savent bien que la situation différait fortement de celle sous Biden, où Téhéran vendait plus de 2 millions de barils.
La politique générale de Téhéran semble également revenir à celle adoptée lors du second mandat d’Hassan Rouhani, ce qui signifie qu’il n’y aurait pas d’initiatives particulières dans la politique iranien ne. Cependant, le gouvernement Pezeshkian et ses partisans néolibéraux semblent déterminés à mener des réformes économiques, comme l’augmentation du prix de l’essence, et il est peu probable que cette politique soit abandonnée. Ainsi, si la pression économique extérieure se combine avec les réformes néolibérales internes, cela pourrait entraîner des révoltes politiques qui révéleraient la facette répressive du gouvernement Pezeshkian avant même la fin de la “lune de miel de justice et d’unité nationale.”
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Le dix-septième jour de manifestations en Iran au nom de « femme, vie et liberté »
Saeed SHAFIEI
#mahsaAmini
#مهسا_امینی
Les manifestations pour la liberté et pour la justice continuent en Iran et la répression également se durcit.
La fin de la République Islamique est une revendication chantée par les différents slogans partout dans le pays.
A Téhéran, l’Université de technologie de Sharif suspend les cours en présentiels après la répression de dimanche soir pendant laquelle, la police a entré dans le campus pour arrêter les étudiants. Les forces de l’ordre ont tiré sur les étudiants et plus d’une vingtaine d’étudiants sont actuellement en garde à vue.
Voici deux vidéos stupéfiantes au sujet de cette répression :
Le treizième jour de manifestations en Iran pour la liberté et l’égalité
Saeed SHAFIEI
Depuis maintenant près de deux semaines, les manifestations se succèdent partout en Iran. La stratégie des manifestants est désormais claire : manifester quand la nuit tombe pour éviter l’arrestation.
Les manifestants ont adopté des nouvelles manières pour protester :
1. Manifestation temporaire sur la voie publique avec un petit nombre de participants en changeant l’endroit pour éviter l’arrestation
2. Manifestation individuelle surtout avec la participation des jeunes femmes sans voile pour encourager l’autres personnes
3. Utiliser des murs comme supports des slogants politiques
4. Montage vidéo et la création musicale avec des thèmes politiques
5. Encourager les autres secteurs de la société de faire des grèves. Une centaine d’universités sont actuellement en grève
C’est un combat historique pour l’Iran et pour le monde entier car c’est un combat pour une transition de ce que j’appelle ‘le fascisme chiite’ à une démocratie décentralisée.
Je suis actuellement en phase finale de ma thèse intitulé ‘la domination ethnique en Iran’ et j’aimerais continuer mon projet en travaillant sur la transition démocratique dans laquelle la place des femmes et des ethnies sont essentielles.
Pour finir, je partage quelques photos et vidéos de ces derniers jours du mouvement social qui est en marche au nom de « femme, vie et liberté » :

Le dixième jour de manifestations en Iran pour la liberté
Les combattants de la liberté sont toujours au premier rang face au fascisme islamique. Les femmes sont des vrais leaders de cette révolution. La Révolution iranienne a commencé par les femmes et pour tout le monde. Le lundi est marqué par un appel à grève dans le pays. Les étudiants et les enseignants sont aujourd’hui en grève et les manifestations sont en cours. Dans le vidéo ci-dessous, les étudiants de l’université Tarbiat Modares à Téhéran protestent contre la répression policière.
Le neuvième jour de manifestations en Iran
Les iraniens sont encore dans la rue, partout dans le pays. Malgré la répression, le tabou du hijab est tombé et les foulards ont jeté dans les flammes. Les manifestations se poursuivent dans tout le pays en réaction de l’assassinat de Mahsa Amini, 22 ans, le 16 septembre.
Voici un vidéo de la manifestation à Téhéran, le 25 septembre 2022 :
Appel à manifestation à Lyon
Lyon, Samedi 24 septembre, place Bellecour à 15h
J’aimerais aujourd’hui parler de ce mouvement. Il y a 43 ans que les Iraniens attendent la liberté et l’égalité et cette fois-ci notre liberté éclairée grâce aux femmes iraniennes et particulièrement grâce à une femme, une femme kurde, Mahsa AMINI.
Mes amis, c’est une Révolution féminine qui est en marche en Iran et également une révolution conte le fascisme islamique.
Et dans ce combat, nous avons besoin de vous. Nous vous demandons d’écrire et de partager notre combat sur vos réseaux sociaux avec les hashtag :
C’est une révolution au nom de femme, vie et liberté.

Le sixième jour de manifestations en Iran ; Internet est coupé
Saeed SHAFIEI
Selon Netblocks, le gouvernent iranien a coupé Internet pour « tuer à huis clos » les manifestants. La dernière fois que Internet a été coupé (en 2019) au moins 1500 personnes ont été tuées par le régime. C’est un massacre qui est en cours en ce moment en Iran. Les manifestants veulent faire entendre leur voix et c’est la raison pour laquelle, on a besoin de vous pour partager ce message sur vos réseaux sociaux.
Il faut maintenir la pression sur le régime iranien et pour atteindre cette objectif, la mobilisation des opinions publiques occidentales joue un rôle important.
C’est une révolution féministe qui est en cours en Iran et qui vise un régime répressif. Voice un clip vidéo faite par les militants iraniens :
Femme, vie, liberté ; la phrase emblématique du cinquième jour de la protestation en Iran
Saeed SHAFIEI
Luindi 19 sept. 22
Femme, vie, liberté est un slogan inventé par les kurdes. Il a utilisé pendant leur résistance contre Daesh en Syrie, mais après l’assassinat de Mahsa AMINI, ce slogan est devenu populaire en Iran. On l’entende en Kurdistan, à Téhéran et dans d’autres régions d’Iran.
Lundi 19 sept. 22, la grève générale et des manifestations contre la police des mœurs et le régime islamique ont eu lieu dans la région kurde iranien et aussi dans quelques universités à Téhéran.
Comme le vidéo ci-dessous montre, les étudiants de polytechnique de Téhéran se sont réunis avec les slogans anti-régimes. Pendant cette manifestation, les tensions entre les pro-régimes et les manifestants se sont déclenchées.
Au Kurdistan et à la suite de cette grève générale d’un jour, de nombreux magasins sont fermés, notamment dans les villes comme Sanandaj, Saqqez, Divandareh et etc. Cette grève pourrait permettre de donner un nouveau pas en avant à la mobilisation politique en Iran. Appel à la grève générale est une tradition politique au Kurdistan contre la répression du régime mais jusqu’aujourd’hui il n’a pas été suivi par les autres régions notamment l’Azerbaïdjan et Téhéran.
Mardi 20 sept. 22
Mardi 20 septembre pour le cinquième jour d’affilée de manifestations en Iran, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans la rue contre le régime et notamment contre la police de mœurs. Les manifestants ont parfois tourné à l’émeute dans la soirée car l’usage des armes à feu par la police a suscité la colère des manifestants. Selon les journalistes kurdes, au moins quatre personnes ont été tuées depuis hier et des centaines ont été blessées. On ne sait pas encore combien personnes sont placées en garde à vue mais mon ami Mehdi HAMIDI, un chercheur azerbaidjanais en sociologie est arrêté à Tabriz mardi soir.
Les manifestations du mardi se sont déroulées un peu partout dans le pays, donc la caractéristique essentielle de cette manifestation dans l’échelle nationale fut la place centrale des jeunes femmes se coupant les cheveux ou brûlant leur voile en signe de la désobéissance à la loi islamique.
J’ai mis quelques vidéos qui montrent la nature de manifestations dans les différentes villes.
Du pain, du travail et la liberté ; La liberté dans le hijab
Les manifestations continuent en Iran. La nuit dernière dans la ville de Rasht dans le nord de l’Iran, les femmes sont décendus dans la rue avec le slogan: Du pain, du travail et la liberté; la liberté dans le hijab.
L’assassina de Mahsa AMINI, une jeune femme kurde de 22 ans a sucité une colère collective partout en Iran. Les manifestants s’organisent pour continuer leurs mécontentements et leurs manifestations aujourd’hui mardi 20 septembre 2022.
Voici la vidéo de la ville de Rasht avec le slogan Du pain, du travail et la liberté
La police des mœurs et l’assassinat de Mahsa Amini
Saeed SHAFIEI

Une onde de choc traverse l’Iran ces derniers jours. Mahsa Amini, une jeune femme kurde de 22 ans décède après avoir été arrêtée par la police des mœurs (Gashté Ershad).
Pourquoi elle a été arrêtée ? Pourquoi c’est une mort suspecte ?
Pour répondre à ces deux questions, il est indispensable de connaitre le rôle de la police des mœurs en Iran. Le système théocratique chiite iranien exige que les femmes, quelle que soit leur nationalité ou leurs croyances religieuses, portent le hijab dans les lieux publics et pour faire respecter les codes vestimentaires, le régime a mis en place la police qui surveille des femmes dans la rue. Si les femmes ne respectent pas la règle qui applique arbitrairement par la police, elles seront arrêtées pour participer dans une courte formation de la loi islamique en recevant des instructions expliquant comment les femmes doivent s’habiller dans une société islamique. Et si elles résistent, notamment pour monter dans le véhicule de police, les policiers font le recours à la force.
Mahsa Amini, originaire de la ville de Saqqez dans la région kurde iranienne, était en visite à Téhéran avec sa famille quand elle a été arrêtée mardi par cette fameuse police et sa mort en jeudi 15 septembre suscite des protestations notamment dans les villes de Sanandaj et Saqqez dans la région kurde iranienne.
Son frère a déclaré que deux heures passées de l’arrestation de sa sœur, elle a transféré à l’hôpital sous ce prétexte qu’elle avait fait une attaque cardiaque et cérébrale et qu’elle est dans le coma.
Alors que la police parle de l’attaque cardiaque et cérébrale, la famille de Mahsa a déclaré que leur fille n’avait aucune maladie cardiaque ou cérébrale.
On ne sait pas ce qui s’est passé pendant ces deux heures dans le commissariat mais le recours à la force par les policiers contre les femmes dans la rue est un sujet fréquemment démontré par les militants des droits de l’homme.
L’opinion public iranien est bouleversée en ce moment et les manifestations sont en cours dans certaines villes du pays notamment au Kurdistan iranien et dans l’université de Téhéran. En outre, les oppositions kurdes ont fait un appel à la grève générale ce lundi 19 septembre.
T’as de la Chance???
L’ouvrier est devenu une marchandise, et c’est pour lui une chance quand il arrive à se faire embaucher.
Karl Marx, Manuscrits de 1844

L’arrestation de Leila Hosseinzadeh, militante gauche

La militante étudiante Leila Hosseinzadeh s’est fait arrêter Aujourd’hui par les agents de renseignement alors qu’elle souffre d’une maladie chronique. Selon les témoins, elle a été frappée par les agents de renseignement qui sont normalement responsables de la santé de Leila. Il faut souligner que c’est ses quatrièmes arrestations depuis 2017.
Qutre femmes braves face aux Talibans à Kaboul
Ce matin du 17 août 2021, la deuxième journée de l’occapation de Kaboul par Taliban, quatre femmes avec une volonté extraordinaire ont descendu dans la rue.
Elles chantent : nous exigeons le respect de nos droits, les femmes existes, nous exigeons notre sécurité sociale et politique, nous exigeons notre droit au travail, l’éducation est notre droit et nous exigeons notre droit et nous exigeons notre droit à la participation politique. Aucun gouvernement ne peut pas ignorer les femmes en étouffant leur voix. Toutes nos victoires au fil des années et nos droits fondamentaux ne doivent pas être bafoués.